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| Essai |
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LA DEMOCRATIE ENGORGEE On se souvient de la belle unanimité de nos élites en faveur du « oui » à la constitution européenne. On se souvient surtout du résultat du référendum. Sans doute l’appel à la raison par les éternels artistes et intellectuels a plus agacé que convaincu. Cela tend à prouver que la société des prescripteurs ne fonctionne plus. Il semble même, si l’on s’en tient au calendrier de la montée du non, qu’elle soit contre productive. Il serait simpliste de n’y voir qu’une réaction poujadiste de la France d‘en bas. Nos institutions inadaptées l’explique pour une grande part. Aujourd’hui, la scène nationale est devenue trop exiguë pour alimenter le débat démocratique. La communication nationale, principalement télévisuelle, exagérément centralisée, présente plusieurs inconvénients. Tout d’abord, elle réduit le débat à sa part théorique, abstraite et prétendument universelle. Désincarnée pour être partageable par l’ensemble des français selon le dogme républicain. Elle spécialise les débatteurs, les enferme dans un discours convenu , rabâcheur, souvent partisan et sans objet concret. Pendant ces dernières décennies, le débat idéologique bipolaire s’est accommodé de ce centralisme médiatique. Ce n’est plus le cas quand il s’agit des questions qui nous préoccupent à présent: La sécurité, l’intégration des communautés, le voile à l’école, l’emploi, la pollution et mille autre thèmes ne peuvent plus se satisfaire de positions de principe. Gardons à la nation ce qui relève d’elle, mais bon nombre des grands enjeux actuels trouvent leur réponse sur le terrain. On sera étonné alors de voir se redessiner la carte de l’opinion . La question des communautés par exemple ne sera plus seulement un concept. Elle prendra une figure humaine.on verra leurs représentant s’exprimer sur les chaînes de télé locales Les casseurs de voitures de banlieue trouveront alors moins d’intêret à se voir en image au JT local. Même chose pour l’emploi, les délocalisations, la pollution ,l’exclusion ,l’Europe, les énergies alternatives, ou pour tout autre sujet qui nécessite de sortir du carcan de la pensée théorique pour entrer dans le champ de la pensée appliquée. Sur le terrain on ne parlera plus du chômage mais des chômeurs. La nuance a son importance. Pour ce faire, il faut organiser un nouveau désordre républicain. Désordre contenu, constructif, enrichissant pour la nation. Il est indispensable que les régions avec les nouveaux pouvoirs que l’état leur transfère, se dotent de l’appareil médiatique qu’elles n’ont pas. Il faut qu’elles puissent sécréter du politique. Produire de la culture et non du folklore comme elles le font depuis toujours. C’est à dire produire une réflexion critique sur leur propre destin, avec les outils modernes de la communication. Par la prise de conscience de leur histoire, de leur réalité géographique, de leurs opportunités, économiques, de leurs envies. Par la mise en valeur de leurs talents. Ce contre quoi le pouvoir jacobin s’est battu par le passé va devenir le remède à notre mal. Il n’a plus à craindre cet obscurantisme qu’il prête au peuple depuis des siècles. Celui-ci est devenu adulte et il attend qu’on le reconnaisse. C’est à ce prix que l’on restaurera cette deuxième citoyenneté de proximité dont a besoin chaque français. Elle légitimera les élus et rétablira le respect qu’ils méritent. Elle instillera de la réflexion dans le pays en décrispant le débat national. Aujourd’hui deux-tiers des journalistes encartés vivent à Paris. La France entière sait avec précision ce que pense tel personnage le matin en se rasant, mais peu d’entre nous sont capables de dire qu’elle est la politique sociale ou culturelle de leur région. Il y a engorgement sur la scène médiatique nationale et désertification sur la scène régionale. À l’exception des traditionnels meetings de campagne qui n’ont d’autre but que de convaincre des convaincus, et pour les élus locaux de s’afficher au bras de figures nationales. Du reste, pas toujours payant ces dernières années. Faut-il y voir un signe? La province aspire à s’extirper de l’état infantile dans lequel le pouvoir central la maintient depuis des siècles. Usant tour à tour de la carotte et du bâton. La scène nationale attire encore les Rastignac. Brillants politiques, brillants intellectuels. Mais nos prescripteurs ont perdu de leur crédibilité. Le débat est devenu formel, presque théâtral. Pour le seul profit de l’audimat. L’informatif et le distractif se confondent sur l’écran de télé. La pensée et sa caricature cohabitent dans un dangereux mélange des genres. Le bien public n‘a plus de réalité palpable. On peut en retirer cette désagréable impression que les débatteurs ne défendent leur point de vue que pour eux-mêmes ou pour leur camp. La France est malade de sa vitrine médiatique dans laquelle elle ne se reconnaît plus. On aimerait dire à ces messieurs: Allez donc tremper vos idées dans le vivant. La province a besoin de vos lueurs, d’un regard neuf sur elle-même. La province attend ses Hugo de département, ses Zola de quartiers. Ses PPDA de chaînes locales. Une véritable vie culturelle et démocratique pour encadrer, contrôler, questionner inspirer les décideurs. Réconcilier les français avec leurs dirigeants. Où sera la gloire demande l’intellectuel qui a du mal a échapper au phototropisme des projecteurs de la télé en exhibant son dernier ouvrage goncourable. Certes, une jolie photo en noir et blanc dans la PQR est moins gratifiante que la une d’un magasine hexagonal. Pour le moment du moins. Pour le moment, le débat en province se réduit à l’édition de brochures officielles. Celles des conseils régionaux et généraux, tirés sur papier glacé et mises en forme comme des dépliants publicitaires. L’obligation légale faite aux bulletins municipaux d’insérer la page de l’opposition n’est qu’une singerie peu convaincante de la presse libre. Elle même en difficulté. Mais cet état de fait n’est pas une fatalité. Le législateur peut aller plus loin. La vie démocratique locale doit être traitée comme un service public qui relève de la responsabilité des élus, à l’égal de tout autre service dû aux citoyens. Le débat sur l’Europe prendrait une autre tournure si de nouveaux arguments naissaient sur le terrain. Moins manichéen, plus prés des réalités. Et surtout partiellement débarrassé des grands enjeux de politique nationale devenus envahissants. On détruira ainsi la désastreuse image folklorique de la politique locale. Et du même coup, le tout aussi folklorique spectacle qui se joue sur la scène nationale. De l’extrême gauche à l’extrême droite, le spectre des idéologies n’éclaire plus la grande majorité des français dans les choix qu’ils ont à faire. La république de nos pères s’est renforcée en envoyant ses instituteurs aux quatre coins du pays. En ce début de 21è siècle, elle sauvera sa démocratie malade en décentralisant les médias de service public avec. tous les outils, moyens matériels et humains dont la démocratie se nourrit. Georges Vadorin Extraits remaniés pour la circonstance de: « la révolution provinciale » à paraître prochainement | ||
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